15.09.2008

Une ONG israélienne accuse des colons d'annexions sauvage

colonie tekoa.jpg
La colonie sauvage de Tekoa, en Cisjordanie, en juin 2003 (Photo AFP/ Orel Cohen)

Le groupe israélien de défense des droits de l'homme B'Tselem affirme, dans un rapport publié jeudi 11 septembre, que des colons juifs ont confisqué en Cisjordanie un territoire jusqu'à deux fois et demie plus grand que celui qui leur était alloué, en installant des clôtures ou en ayant recours à la violence pour chasser les Palestiniens. B'Tselem explique qu'elle ne peut donner de chiffres précis du nombre d'hectares confisqués dans la mesure où, dans la majeure partie des cas, les contrevenants ne sont pas sanctionnés et qu'aucun document n'est disponible à ce sujet.

Interrogée sur ce rapport, l'armée israélienne a déclaré avoir établi des zones de sécurité autour des colonies juives de Cisjordanie afin de prévenir des attentats, ajoutant que toute construction dans ces zones était donc illégale. Le rapport cite l'exemple d'un groupe de 12 habitations installées à l'est de la barrière de sécurité érigée en Cisjordanie. A cet endroit, B'Tselem évoque une annexion de 455 hectares de terre, motivée par un plan spécial de sécurité qui a permis de doubler la surface allouée aux colons. Le rapport précise que la moitié de cette surface était auparavant la propriété privée de Palestiniens.

HEURTS À TALMON

"La fermeture des terres autour des colonies porte surtout préjudice aux agriculteurs palestiniens, qui doivent surmonter des obstacles bureaucratiques quasi infranchissables pour atteindre leurs terrains. Par conséquent, beaucoup sont contraints d'arrêter leurs cultures", écrit B'Tselem. L'organisation ajoute que, dans de nombreux cas, les autorités israéliennes ferment les yeux sur la pose de clôtures non autorisées et ne punissent pas les colons fautifs. Quelque 70 000 colons vivent à l'est de la barrière de sécurité. Cette semaine, le vice-premier ministre israélien, Haïm Ramon, a présenté un projet d'indemnisation à destination des colons qui accepteraient de quitter volontairement leurs habitations de Cisjordanie.

Mercredi soir, des heurts violents avaient opposé une quarantaine de colons israéliens à des soldats près de l'implantation de Talmon, située dans la région de Ramallah, en Cisjordanie. Selon un porte-parole de l'armée,"une quarantaine de civils ont tenté de pénétrer de force dans une position de l'armée et de perturber l'approvisionnement en eau". Selon la radio publique, les colons entendaient protester contre la saisie par l'armée de matériel de construction destiné à un chantier dans une colonie sauvage située dans le secteur.

Source : Le Monde

10.09.2008

Recrudescence des violences des colons contre les Palestiniens dans les territoires

réfugié palestinien.jpg
Jamal, réfugié palestinien d'une quarantaine d'années, devant la colonie de
Kiryat Arba (photo : Shabtai Gold/IRIN)

HÉBRON, 2 septembre 2008 (IRIN) - Une recrudescence des violences perpétrées par les colons contre les Palestiniens a été observée ces dernières semaines à Hébron et aux alentours, d’après les habitants de la région et les observateurs internationaux.

« Ces régions sont des points chauds de la violence et pour nous, ce sont des zones prioritaires », a déclaré Matteo Benatti, qui dirige la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la ville.

Il faisait allusion à H2, la zone d’Hébron placée sous autorité israélienne, et au sud rural de la région, également placé, en majeure partie, sous l’autorité d’Israël, conformément aux accords signés dans les années 1990 avec les Palestiniens.

« Jour et nuit, nuit et jour, ça ne change rien, les colons nous maltraitent tout le temps », a expliqué Jamal, un réfugié palestinien d’environ 45 ans.

Au vu du passé violent de la ville et des troubles perpétuels qui y règnent, cette colonie, située au beau milieu d’une zone urbaine palestinienne, attire sans surprise les personnalités radicales, certaines venues de France ou des Etats-Unis, qui ont immigré en Israël et semblent attirées par les frictions.

Un grand nombre de colons sont armés et manient leurs fusils ouvertement, en visant les Palestiniens. « Dedans, dedans », marmonne une mère palestinienne du quartier de Wadi Hussein, en poussant ses petites filles à l’intérieur de son domicile.

Quelques instants plus tôt, des jeunes armés de la colonie de Kiryat Arba avaient lancé des pierres et des cailloux sur les enfants qui jouaient dehors, juste après la tombée de la nuit. Du haut de la colline, point stratégique, il est plus facile pour les colons de jeter des pierres sur les Palestiniens, en bas, dans la vallée.

Sliman, un jeune père de 32 ans, s’est précipité devant les enfants pour affronter les colons, son torse s’éclairant subitement de petites lumières rouges, tandis que les viseurs laser des fusils convergeaient sur lui. Encore quelques jets de pierre, quelques insultes, et les colons sont repartis.

panneaux solaires cassés.jpg
Des panneaux solaires détruits par des jets de pierres (photo : Shabtai Gold/IRIN)

Dégâts immobiliers

Presque tous les foyers palestiniens visités par IRIN à Wadi Hussein avaient subi des dégâts récents : des réservoirs d’eau ont notamment été détruits et d’innombrables fenêtres ont été brisées.

« Je n’ai plus d’eau chaude », a expliqué Sliman, un réfugié inscrit sur les registres de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. « Ils ont jeté des pierres et détruit à deux reprises mon chauffe-eau solaire et je n’ai pas les moyens de le faire réparer de nouveau ».

Le fioul domestique est très cher, a-t-il indiqué, et, en raison des restrictions de circulation imposées par Israël, il ne peut pas se rendre à Wadi Hussein en voiture ; tout doit donc être porté, et les bouteilles de gaz sont lourdes.

« Pour mes moutons, j’ai besoin de 400 kilos de fourrage chaque semaine. Chaque sac pèse 50 kilos et je les amène un par un, en les portant sur le dos », a-t-il expliqué.

De même, les Palestiniens des régions rurales disent avoir des difficultés à se rendre sur leurs terres en raison des violences.

Selon les habitants, Israël n’assure pas leur protection.

« Je vis sous l’autorité d’Israël », a expliqué Abou Feras, un Palestinien qui vit le long de la route des fidèles, qui mène de Kiryat Arba, la grande colonie située à la périphérie d’Hébron, à la petite colonie située au cœur de la ville. « J’attends des Israéliens qu’ils me protègent, qu’ils protègent ma terre, mes enfants. Ils ont une responsabilité envers moi, en tant qu’occupants », a souligné l’homme, qui a eu peur de s’exprimer sous son vrai nom.

« Si la police [israélienne] leur tombe dessus, les colons vont arrêter », a-t-il expliqué, se faisant l’écho de l’opinion des défenseurs des droits humains, comme Issa Omer, de B'tselem, une association israélienne de défense des droits humains.

fenêtre.jpg
Les Palestiniens se plaignent d'être les cibles de jets de pierres de la part des
habitants de la colonie voisine de Kiryat Arba (photo : Shabtai Gold/IRIN)

Recueillir des preuves

B'tselem dirige un programme baptisé « Shooting Back » (Riposter), dans le cadre duquel l’association a distribué des appareils photos aux Palestiniens dans certaines régions comme Hébron ou la périphérie de Naplouse, où la violence est monnaie courante.

Elle espère ainsi recueillir autant de preuves que possible pour prouver le bien-fondé des déclarations des Palestiniens, et mieux assurer leur sécurité.

Micky Rosenfeld, porte-parole de la police, a déclaré à IRIN que les représentants des forces de l’ordre faisaient tout leur possible pour mettre fin à ces violences. Selon lui, les officiers de police ont enquêté sur les déclarations des deux camps, les colons s’étant également plaints que des individus avaient jeté des pierres sur leurs voitures, sur les routes de la région d’Hébron.

Malgré tout, les efforts de la police n’ont pas permis d’enrayer l’escalade récente des violences qui ont touché les travailleurs humanitaires, les diplomates, les enfants, les personnes âgées, les mosquées et les cérémonies de mariage, selon les habitants et les observateurs internationaux.

« D’abord, cinq colons sont arrivés », a raconté Fadi, qui a été agressé alors qu’il assistait à une cérémonie de mariage, un vendredi soir. « Puis, d’autres sont arrivés, armés de fusils. Ils nous ont frappés ».

Si les Palestiniens ont finalement réussi à s’unir pour chasser la bande de la cérémonie, ils en ont littéralement payé le prix.

« Dimanche, nous sommes allés voir la police pour nous plaindre. Apparemment, les colons ont alors, eux aussi, porté plainte contre nous, et la police nous a donné une amende de 2 000 shekels », a-t-il raconté. Cette somme équivaut à plus de 500 dollars, plus que ce que Fadi gagne en un mois.

À l’heure où les colons continuent à tenter d’occuper une partie toujours plus vaste du territoire palestinien (dans certains cas, par la force, dans d’autres, avec le soutien juridique des autorités israéliennes), il est peu probable que ces problèmes se résoudront, a estimé un habitant.

« Cet endroit est une poudrière qui ne demande qu’à exploser ; vous verrez ».

shg/ar/cb/nh/ai

Source : irinnews.org

02.09.2008

Condoleezza Rice et Tzipi Livni au sujet des colonies


Extraits (vidéo ci-dessus & version écrite) de la conférence de presse donnée par la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice et la Ministre des affaires étrangères israélienne Tzipi Livni le 26 août à Jérusalem:

"Question : L'organisation Peace Now a rapporté aujourd'hui que l'activité dans les colonies (settlement activity) israéliennes avait presque doublé en un an, madame la ministre des affaires étrangères, comment concilier cela avec votre objectif d'obtenir un accord de paix ?

Et Madame la Secrétaire Rice, comment -- quel effet cela a-t-il ? Est-ce que cela nuit ou endommage le processus ?

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES LIVNI : En quelque sorte c'est une question, mais, j'aimerais y référer sous deux angles différentes. L'un est le processus de paix, et le processus de paix n'est pas et ne doit pas être affecté par une quelconque activité dans les colonies.

Je veux dire, qu'au bout du compte, nous parlons des frontières futures d'un Etat palestinien, en considérant que cela fait plus de 40 ans, plus ou moins, que nous discutons des mêmes colonies, et que cela fait partie des négociations. Et comme je l'ai également suggéré à mes partenaires palestiniens, d'essayer -- et je comprends que de temps en temps (inaudible) et de temps et temps comment cela affecte différentes parties de la société palestinienne. Mais au bout du compte, le rôle des dirigeants est d'essayer de trouver un moyen de vivre en paix dans l'avenir, et d'éviter -- de ne laisser ces jours-ci aucune nuisance sonore en lien avec la situation sur le terrain entrer dans la salle de négociations.

Ce que je veux dire, c'est qu'il aurait été plus facile pour moi d'utiliser des excuses et de dire que cela affecte ma capacité à négocier. Mais, j'en ai décidé autrement, même dans les jours les plus difficiles du terrorisme (terror). Donc, j'aimerais suggérer à mes partenaires de ne pas utiliser cela comme une excuse. Et je sais qu'ils ne l'utilisent pas comme une excuse, mais je comprends parfois la frustration.

Mais, au bout du compte, la politique du gouvernement israélien est de ne pas d'étendre les colonies, c'est de ne pas construire de nouvelles colonies, de ne pas confisquer de territoire aux Palestiniens. Et, à ma connaissance, les activités dans les colonies ont très significativement diminué, notamment dans les parties de l'autre côté de la barrière (fence). Il y avait un peu d'activité qui ne va pas avoir d'influence sur les capacités ni sur les futures frontières de l'Etat palestinien. Merci.

SECRETAIRE RICE : Et bien, laissez-moi commencer en disant que c'est la position des Etats-Unis que les parties ne doivent pas prendre des mesures qui d'une certaine manière viendraient à compromettre le résultat final. Et, en fait, les frontières de l'Etat palestinien et d'Israël seront déterminées par un accord.

Je pense que ce n'est pas un secret, et je l'ai dit à mes homologues israéliens, que je ne pense pas que les activités dans les colonies contribuent au processus, et qu'en fait, ce dont nous avons besoin maintenant sont des mesures qui améliore la confiance entre les deux parties. Et tout ce qui sape la confiance entre les deux parties doit être évité.

Donc, nous allons continuer à faire pression pour obtenir un accord, de telle sorte que nous savons ce qui est en Israël et ce qui est en Palestine. C'est le but ultime. Mais, clairement, l'activité n'aide pas."

Arrivera-t-on seulement un jour à un accord ? Il n'y a plus qu'à espérer... Insha'allah !

Source : The Middle East en français