02.09.2008

Regain de tension entre le Hamas et le Fatah : les incarcérations arbitraires de journalistes se multiplient

Reporters sans frontières renouvelle son appel aux responsables politiques palestiniens pour qu’ils mettent un terme aux vagues d’arrestations des professionnels des médias, alors qu’au moins quatre journalistes sont incarcérés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

"La lutte politique entre le Hamas et le Fatah a causé d’importants dégâts au sein de la presse nationale. De nombreux médias ont été fermés dans les Territoires palestiniens et des dizaines de journalistes ont été interpellés. En l’absence d’Etat de droit, ces derniers n’ont aucun recours face à ces agressions. Mahmoud Abbas et Ismaël Haniyeh ne peuvent pas rester silencieux face à une telle situation. Il y va de leur propre intérêt de garantir des espaces de liberté d’expression", a déclaré l’organisation.

Reporters sans frontières demande la libération des journalistes emprisonnés. Waddah Eid, collaborateur occasionel du site Internet aljazeera.net, est détenu depuis le 17 juillet 2008. Bien qu’aucun motif d’inculpation n’ait été fourni à ce jour, son arrestation serait liée à ses publications dans certains médias considérés comme proches du Hamas. Il a été incarcéré après avoir répondu à une convocation dans les locaux de la Sécurité préventive, organe des services de sécurité de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. L’organisation est également sans nouvelles de Farid Hamad, correspondant du quotidien Al-Ayyam, depuis son arrestation, le 29 juillet 2008, à son domicile à Salwad (près de Ramallah).

De son côté, Awad Al-Rajoub, correspondant permanent du site Internet aljazeera.net, a été libéré le 28 août 2008, après avoir passé près d’un mois en détention sans qu’aucune charge soit retenue à son encontre. La Cour suprême palestinienne avait déclaré sa détention illégale suite aux pressions d’organisations palestiniennes de défense de la presse et des employeurs du journaliste. "Je suis resté vingt-six jours en cellule d’isolement, dont seize dans de mauvaises conditions. Je n’avais pas droit à un matelas, je dormais à même le sol. (...) J’ai été interpellé en raison de mon travail. Je pense que je ne pourrai plus traiter des sujets auxquels je me consacrais auparavant, parce qu’ils sont devenus tabous, ce qui montre à quel point la liberté d’expression s’est détériorée dans les Territoires", a affirmé Awad Al-Rajoub à sa sortie de prison. Il avait été interpellé le 29 juillet 2008 dans les locaux du Centre arabe des médias à Hébron (Cisjordanie) par des membres des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne. Son ordinateur et des documents de travail avaient été saisis à cette occasion.

Dans la bande de Gaza, plusieurs journalistes, accusés d’être des partisans du Fatah, avaient été arrêtés par les forces armées du Hamas suite à un attentat à la voiture piégée survenue le 25 juillet 2008. Deux d’entre eux, Fouad Jarrada, de la télévision officielle (Palestine Broadcasting Corporation), et Amro Farra, correspondant de l’agence de presse officielle, sont toujours privés de liberté. Par ailleurs, Imad Eid, directeur de l’agence de presse Maan et correspondant de la chaîne de télévision libanaise Al-Manar, a été brièvement interpellé, le 29 juillet 2008, suite à la publication d’une dépêche concernant la fermeture par le Hamas de locaux appartenant au parti de Mahmoud Abbas.

Dans sa liste des "Prédateurs de la liberté de la presse", publiée en mai 2008, Reporters sans frontières a inclu, pour la première fois, la branche armée du Hamas, à Gaza, et les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, en Cisjordanie.

Source : RSF

01.09.2008

A Gaza, le ramadan débute sur fond de crise entre le Hamas et le Fatah

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Le mouvement touche esssentiellement le personnel hospitalier qui entend ainsi protester contre le licenciement de quarante-six de ses membres - ici, à Gaza, le 31 août 2008. (AFP/MAHMUD HAMS)

JÉRUSALEM CORRESPONDANCE

Dans la bande de Gaza, l'antagonisme Hamas-Fatah résiste au ramadan. Alors que le mois saint des musulmans a débuté, lundi 1er septembre, la guerre de positions entre les deux mouvements palestiniens s'est déplacée sur le terrain social. En réponse à un mot d'ordre lancé par les dirigeants du Fatah à Ramallah, en Cisjordanie, des milliers de fonctionnaires se sont mis en grève.

Le mouvement touche essentiellement le personnel hospitalier, qui entend protester contre le licenciement de quarante-six de ses membres sur décision du ministre de la santé du Hamas. D'après un responsable syndical, environ 90 % du corps médical de la bande de Gaza a cessé le travail dimanche 31 août. Seuls les services des urgences et les sympathisants islamistes ont assuré leur fonction. Ce même responsable affirme que la Force exécutive, la police du Hamas, est intervenue à plusieurs reprises pour forcer les médecins et les infirmiers à reprendre leur travail.

Un conflit similaire est en cours dans le domaine éducatif. En réaction au renvoi ou à la mutation arbitraire de plusieurs centaines de professeurs et de directeurs d'établissements, le syndicat des enseignants, l'un des derniers bastions du Fatah dans la bande de Gaza, a ordonné à ses membres de rester chez eux.

STRATÉGIE D'ÉVINCEMENT

La consigne fait indirectement le jeu du Hamas, qui a entrepris de nommer aux postes laissés vacants ses propres enseignants, dont la période de formation s'est récemment achevée. "Tous ceux qui abandonnent leur poste ne seront pas autorisés à y revenir, a menacé le ministre de l'éducation du Hamas, Mohamed Askoul. On ne peut plus leur faire confiance comme éducateurs." D'ores et déjà, sur les 9 000 postes d'enseignants que compte la bande de Gaza, près de 2 000 ont changé de titulaire selon M. Askoul, notamment les postes de directeurs d'école. Cette nouvelle tension sème la confusion parmi les professeurs, partagés entre les menaces de licenciement du Hamas et les avertissements à peine moins explicites de l'Autorité palestinienne, qui paie leurs salaires et conditionne leur versement au respect du mot d'ordre de grève. "Mon avenir dépend du camp qui me paye, dit Waël, un professeur de sciences physiques qui a renoncé à suivre le mouvement. En même temps, j'ai peur que le Hamas prenne des mesures contre moi."

Moitié purge, moitié mise au pas : cette stratégie d'évincements se déroule dans la plupart des administrations de la bande de Gaza. Placés sous l'autorité de fait de leurs rivaux islamistes, les sympathisants du Fatah sont obligés de s'incliner ou de s'effacer. "Les gens du Hamas procèdent de façon très habile, dit un cadre du ministère de l'intérieur qui tient à garder l'anonymat. Ils font venir des stagiaires dans tous les départements clés et ils observent comment l'on y travaille. Le jour où ils deviennent opérationnels, tu apprends comme par hasard que tu es transféré dans un service subalterne et que le stagiaire prend ta place. Tu t'accroches quelques mois dans un boulot sans intérêt et puis tu craques et tu restes chez toi, avec ton salaire payé par Ramallah. C'est par des manoeuvres insidieuses de ce genre que le Hamas construit son Etat."

Par ailleurs, ce week-end, pour la première fois depuis deux mois, l'Egypte a entrouvert sa frontière avec la bande de Gaza. Près de 4 000 Palestiniens ont traversé le terminal de Rafah en deux jours, notamment des étudiants inscrits dans des universités à l'étranger et des malades en attente de traitement. Plusieurs milliers d'autres Palestiniens qui n'ont pas eu cette chance devront attendre la prochaine ouverture pour espérer sortir de la nasse gazaouie.

Benjamin Barthe

Le plan de paix du premier ministre israélien, Ehoud Olmert, n'a toujours pas convaincu le président palestinien, Mahmoud Abbas. Les deux hommes, qui se sont rencontrés dimanche 31 août à Jérusalem, se sont séparés après moins d'une heure de discussions sur un constat de désaccord complet. M. Abbas a rejeté la proposition de M. Olmert de conclure d'ici à la fin de l'année, date de son probable retrait du pouvoir, un accord cadre qui brosserait à grands traits les modalités de règlement du conflit, à l'exception de la question cruciale de Jérusalem, dont la résolution serait reportée à une date indéterminée. "Nous ne serons pas partie prenante d'un accord intérimaire ou d'un accord partiel ou d'un accord qui repousserait à plus tard Jérusalem, a souligné Saëb Erekat, conseiller du président palestinien. C'est un accord sur tout, ou sur rien." Dans l'entourage des négociateurs palestiniens, on souligne que sur les dossiers clés - Jérusalem, mais aussi les frontières, les réfugiés et la sécurité - aucun progrès notable n'a été réalisé depuis la relance du processus de paix, en novembre 2007. - (Corresp.)

Source : le Monde